KINSHASA, — Dans un article publié jeudi, Kenneth Roth, ancien directeur exécutif de Human Rights Watch, accuse le Rwanda d’avoir commis un « acte d’agression » en s’emparant de deux grandes villes de l’est de la République démocratique du Congo.
Le 27 janvier 2025, l’armée rwandaise et le Mouvement du 23 mars (M23) ont pris Goma lors d’une offensive éclair. Deux semaines plus tard, Bukavu tombait à son tour. Ces avancées constituent, selon Roth, l’un des épisodes les plus graves d’un conflit déclenché en novembre 2021, marqué par des exécutions extrajudiciaires, des violences sexuelles, des recrutements forcés et le déplacement de plus de deux millions de civils congolais.
Au cœur de son argumentation : la violation de la Organisation des Nations unies et de l’interdiction du recours à la force entre États.
« Lorsque des troupes franchissent une frontière pour s’emparer durablement du territoire d’un État voisin sans menace imminente crédible, cela constitue une agression. »
Kigali invoque la sécurité nationale face à des groupes armés opérant depuis le territoire congolais. Mais pour Roth, cette justification ne tient pas juridiquement.
« La légitime défense autorise à repousser une attaque, pas à occuper des villes étrangères. »
Il estime que l’offensive dépasse largement les critères de nécessité et de proportionnalité exigés par le droit international. La prise de centres urbains majeurs ne peut être assimilée à une opération défensive limitée.
Pourtant, la perspective de poursuites pénales apparaît incertaine. La Cour pénale internationale ne dispose pas, dans ce cas précis, de la compétence nécessaire pour juger le crime d’agression.
« L’absence de juridiction ne doit pas devenir un permis d’impunité. »
Roth souligne également la capacité du Rwanda à éviter des conséquences significatives grâce à une diplomatie habile et à son statut de partenaire stratégique sur la scène internationale.
« L’impunité prospère lorsque les considérations géopolitiques l’emportent sur le respect du droit. »
Face à ce blocage judiciaire, l’auteur appelle les États à agir politiquement : gel d’avoirs, restrictions de visas, suspension de l’aide non humanitaire, sanctions ciblées.
« Si l’agression ne comporte aucun coût, elle devient une option politique rationnelle. »
Pour Kenneth Roth, l’enjeu dépasse le seul conflit congolais. Il concerne la survie d’un ordre international fondé sur l’interdiction de la force.
« Défendre la règle contre l’agression, c’est défendre l’idée même que le droit prime sur la puissance. »
