KINSHASA, — La résurgence d’une déclaration du président rwandais Paul Kagame, prononcée en avril 2023 lors d’une visite officielle au Bénin, agit comme un révélateur politique dans le conflit qui oppose la République démocratique du Congo (RDC) aux groupes armés actifs dans sa partie orientale, en particulier le M23-AFC soutenu par Rwanda.
Dans cette vidéo récemment devenue virale, le chef de l’État rwandais rompt avec l’ambiguïté diplomatique habituellement entretenue autour du dossier congolais et propose une lecture ouvertement historique et territoriale de la crise sécuritaire à l’Est de la RDC.

« Le problème du Congo n’est pas le M23.Le M23 existait avant même que Tshisekedi ne soit président.Le problème à l’Est du Congo est que la RDC a hérité de territoires rwandais durant l’époque coloniale. »
Du conflit armé à la revendication territoriale
En évoquant un héritage colonial jugé injuste, Paul Kagame déplace le débat du champ sécuritaire vers celui de la revendication territoriale. Cette grille de lecture suggère que le M23 ne serait qu’un instrument ou un symptôme d’un contentieux plus profond opposant Kigali à Kinshasa, et non la cause première de l’instabilité régionale.
Une telle position conforte les accusations formulées de longue date par les autorités congolaises, selon lesquelles le Rwanda poursuivrait des objectifs d’annexion ou, à tout le moins, de redéfinition des frontières héritées de la colonisation. Le président congolais Félix Tshisekedi a régulièrement dénoncé une « guerre d’agression » menée par procuration à travers des groupes armés opérant sur le sol congolais.
Un discours en contradiction avec les cadres diplomatiques existants
Cette sortie du président rwandais fragilise les initiatives diplomatiques et les mécanismes de dialogue régionaux mis en place pour contenir la crise, notamment les processus de Washington et de Doha. En affirmant que la racine du problème est territoriale, Kigali semble remettre en cause le postulat central de ces cadres, qui reposent sur la neutralisation des groupes armés et la normalisation des relations bilatérales.
Sur le plan intérieur congolais, cette déclaration tend également à vider de sa substance l’appel à un dialogue politique inclusif porté par une partie de l’opposition. Si la crise est d’origine externe et liée à une revendication territoriale étrangère, la responsabilité ne peut plus être imputée exclusivement à la gouvernance interne ou aux équilibres politiques à Kinshasa.
Silences et calculs politiques
Fait notable, aucune réaction officielle de l’opposition congolaise n’a été enregistrée à ce stade. Ce silence pourrait traduire un malaise stratégique : commenter ces propos reviendrait soit à conforter la ligne dure du pouvoir en place, soit à reconnaître la marginalité d’une solution strictement politique interne face à un conflit à dimension régionale.
À mesure que cette déclaration refait surface, elle pourrait peser durablement sur le rapport de force diplomatique entre Kinshasa et Kigali, en renforçant la lecture du conflit comme un enjeu de souveraineté nationale plutôt que comme une simple crise sécuritaire ou politique.
