PARIS, — Alors que l’est de la République démocratique du Congo (RDC) continue de s’enfoncer dans la violence, les critiques contre la diplomatie française se font de plus en plus virulentes. En cause : le décalage entre les discours officiels de Paris condamnant l’implication du Rwanda et la réalité d’une coopération militaire renforcée avec Kigali.
Le journaliste d’investigation français Thomas Dietrich dénonce ce qu’il qualifie d’« hypocrisie française », estimant que cette posture contribue à nourrir un rejet croissant de la France sur le continent africain.
« Pour les caméras, la France condamne le rôle du Rwanda à l’est de la République démocratique du Congo, où l’armée de Paul Kagamé soutient activement la rébellion du M23. »
Depuis la résurgence du M23, plusieurs rapports internationaux ont pointé le soutien actif du Rwanda à cette rébellion opérant dans l’est congolais. Paris, comme d’autres capitales occidentales, a publiquement exprimé ses préoccupations et appelé au respect de l’intégrité territoriale de la RDC.

Mais selon Thomas Dietrich, ces prises de position ne seraient qu’une façade diplomatique.
« Mais en parallèle, comme vous pouvez le voir sur ces photos, notre pays renforce sa coopération militaire avec le régime rwandais. Paris assiste donc de facto une armée qui participe à une sale guerre chez son voisin de RDC. »
Cette accusation met en lumière un double jeu supposé : d’un côté, une condamnation officielle ; de l’autre, une collaboration sécuritaire assumée avec Kigali. Une stratégie dictée, selon certains observateurs, par des intérêts géopolitiques et économiques plus larges.
Car au-delà du théâtre congolais, un autre front stratégique mobilise l’attention française : le nord du Mozambique.
« Il faut dire que le président Paul Kagamé nous le rend bien, puisque des militaires rwandais interviennent au nord du Mozambique contre des djihadistes. Et ce afin de permettre la reprise sur place d’un méga-projet gazier de la multinationale française TotalEnergies (20 milliards de dollars). »
Depuis 2021, les forces rwandaises sont déployées dans la province mozambicaine du Cabo Delgado, en proie à une insurrection djihadiste. Leur intervention a contribué à sécuriser la zone où TotalEnergies développe un projet gazier colossal, suspendu en raison de l’insécurité.
Pour les détracteurs de la politique française, le lien est évident : la coopération avec Kigali serait le prix à payer pour la protection d’intérêts économiques stratégiques.
« C’est cette fameuse hypocrisie française, ce “en-même temps” de la honte qui nous fait tant détester sur le continent africain. »
Cette formule, lourde de sens, renvoie à une critique plus large de la diplomatie française en Afrique : un discours fondé sur les principes — souveraineté, paix, droits humains — qui se heurterait, dans les faits, à la realpolitik et aux intérêts industriels.
Dans un contexte où plusieurs pays africains ont récemment remis en cause la présence militaire française sur leur sol, ces accusations trouvent un écho particulier. Le sentiment anti-français, déjà alimenté par des décennies d’ambiguïtés postcoloniales, se nourrit désormais de ce que certains perçoivent comme une politique à géométrie variable.
La guerre en RDC, tragédie humaine aux millions de victimes depuis trois décennies, devient ainsi le révélateur d’une fracture plus profonde : celle entre les discours affichés par Paris et la perception qu’en ont de nombreux Africains.
Reste à savoir si la France saura dissiper ce soupçon de duplicité ou si cet « en même temps » diplomatique continuera d’éroder son influence sur un continent où la concurrence internationale est désormais féroce.
