KINSHASA , — Le directeur général du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), docteur Jean Kaseya, a dénoncé jeudi, les restrictions de voyage imposées par certains États occidentaux en raison de l’épidémie d’Ebola qui frappe notamment la province de l’Ituri, située à plus de 2.000 kilomètres de Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC), selon l’ACP
« Nous ne pouvons pas arrêter cette épidémie avec des restrictions de voyages que certains pays occidentaux ont commencé à imposer aux pays africains », a déclaré M. Kaseya lors d’un entretien accordé jeudi à un média français.
Le responsable de l’agence sanitaire de l’Union africaine a estimé que ces mesures étaient « improductives » et « discriminatoires », appelant les pays africains à ne pas « fermer les frontières à leurs propres frères et soeurs ».
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’épidémie d’Ebola causée par la souche Bundibugyo, présentant une faible létalité par rapport à la souche Zaïre, continue de progresser dans l’est de la RDC et en Ouganda. L’agence onusienne a classé cette flambée comme une urgence de santé publique de portée internationale. Son Directeur général, l’éthiopien Tedros Adhanom, qui est attendu vendredi en Ituri, épicentre de l’épidémie dans le nord-est du pays, a alerté jeudi sur le défit de financement pour stopper cette maladie.
Plusieurs pays occidentaux, notamment les États-Unis et le Canada, ont annoncé ces derniers jours des restrictions d’entrée et un renforcement du contrôle sanitaire pour les voyageurs en provenance de la RDC, de l’Ouganda et du Soudan du Sud.
Face à ces mesures, M. Kaseya a insisté sur la nécessité de renforcer plutôt les moyens financiers et logistiques pour contenir l’épidémie. D’après l’Africa CDC, les promesses de financement pour la riposte contre Ebola ont fortement diminué cette semaine, passant d’environ 500 millions à 290 millions de dollars.
Ebola a été découvert en septembre 1976 dans le village de Yambuku (Bumba) dans l’ancienne province de l’Equateur. Un bilan de 318 cas et 280 décès avait été enregistré.
L’épidémie d' »Ebola Zaïre » de 2018-2020 à Mangina, Beni et Butembo avait fait pour sa part 2.200 morts dans la même région.
Actuellement, il s’agit d’une variante génétiquement distincte des précédentes épidémies Bundibugyo de 2007 et 2012, issue directement d’un réservoir animal, selon le docteur Jean-Jacques Muyembe, directeur de l’Institut National de Recherche Biomédicale (INRB).
L’épidémiologiste insiste sur le rôle central de l’engagement communautaire, « déjà démontré lors des réponses récentes » pour lutter contre Ebola.
Le renforcement des agents de santé communautaires est présenté comme un levier essentiel pour améliorer la détection précoce, la surveillance, la communication des risques.
Des mesures sont recommandées par l’OMS pour éviter la transmission du virus entre les personnes : lavage régulier des mains avec de l’eau et du savon ; utilisation d’une solution hydroalcoolique lorsqu’il n’y a pas d’eau disponible.
Quant aux agents de santé et des proches des malades, il leur est demandé le
port d’équipements de protection, des gants, masques, lunettes et vêtements de protection.
Les agents de santé et les proches aidants doivent éviter les contacts avec les corps des personnes décédées. Les funérailles doivent être organisées par des équipes spécialisées.
